Lee Fairclough pourrait diriger les libéraux de l'Ontario

Rédigé par Team Lee | 15 mai 2026, 16 h 00 min 00 s

Publié initialement dans le Toronto Star le 16 mai

Par Martin Regg Cohn

Lee Fairclough a déjà remporté un siège en territoire conservateur. Maintenant, la députée d'Etobicoke–Lakeshore parcourt l'Ontario et bâtit une campagne populaire pour diriger les libéraux de la province.

Par ailleurs… regardez qui se présente à la direction des libéraux de l'Ontario.

Elle ne cherche pas encore à décrocher un siège.

Lee Fairclough en a déjà un.

Fairclough est la députée d'Etobicoke–Lakeshore. Elle a arraché la circonscription aux conservateurs de Doug Ford lors des dernières élections, après des années d'efforts acharnés et de luttes contre ses adversaires politiques dans ce qu'on appelle le territoire de la « nation Ford ».

Oublions un instant le plus récent feuilleton de Scarborough-Sud-Ouest, où des libéraux s'opposent à d'autres libéraux dans une course à l'investiture contestée en vue d'une élection partielle. Nate Erskine-Smith avait choisi cette circonscription comme tremplin pour ses ambitions à la direction, mais il a perdu le week-end dernier contre l'entrepreneur Ahsanul Hafiz et conteste maintenant le résultat.

Prenons un peu de recul.

Au milieu de ces querelles intestines, Fairclough prend ses marques et avance. Pendant que les passionnés de politique avaient les yeux rivés sur Scarborough la semaine dernière, la députée d'Etobicoke sillonnait la province afin de jeter les bases d'une campagne populaire.

Qu'a-t-elle appris au fil de ses déplacements, de Windsor à Timmins, en passant par Sarnia et Thunder Bay?

« Je tiens à le dire parce que je crois que c'est important », me confie Fairclough dans son bureau de députée à Queen's Park.

« Je reviens tout juste de Timmins. Les gens de Timmins ne se réveillent pas chaque matin en se demandant : “Qu'est-ce qui se passe dans Scarborough-Sud-Ouest?”

« N'est-ce pas? Ce qui leur importe, ce sont les enjeux : “Mon service d'urgence est-il ouvert aujourd'hui? Mes enfants reçoivent-ils l'éducation dont ils ont besoin? Avons-nous assez de logements pour accueillir la nouvelle industrie qui s'installe en ville?”

« Et je pense que, comme libéraux, nous devons rester concentrés sur ces enjeux à l'approche de cette course. »

Fairclough est officiellement entrée dans la course à la direction plus tôt ce mois-ci afin de prendre une longueur d'avance sur ses rivaux qui ne se sont pas encore déclarés : Erskine-Smith, toujours député fédéral de Beaches–East York; l'ancien ministre fédéral Navdeep Bains; et le député provincial d'Ajax Rob Cerjanec. L'ancien adjoint politique Dylan Marando s'est lui aussi déclaré candidat.

Comment se démarquera-t-elle du lot?

D'abord, elle détient un siège au sein d'un parti qui en compte très peu : les libéraux ont terminé troisièmes pour le nombre de sièges, n'en remportant que 14 aux dernières élections. Comme députée d'Etobicoke, « je suis la plus à l'ouest » du caucus libéral, fait-elle remarquer avec une pointe d'ironie.

Fairclough, 52 ans, est une ancienne présidente d'hôpital qui a également occupé le poste de vice-présidente principale des soins cliniques au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto. Mais avant d'atteindre les plus hauts échelons du réseau de la santé, elle a travaillé en première ligne comme technologue en radiation médicale, puis obtenu une maîtrise en administration de la santé. Après avoir d'abord constaté les fissures dans le système de santé et maintenant les divisions au sein du Parti libéral, elle promet de reconstruire l'un et l'autre à partir de la base.

Mais pour montrer la voie, elle veut d'abord bâtir une équipe.

Fairclough a été capitaine de l'équipe nationale canadienne de rugby et a fait partie de l'équipe universitaire de natation de l'Université de Toronto. En quoi le sport de compétition l'aide-t-il dans l'arène impitoyable de la politique?

« Ce que j'aime le plus du rugby, c'est qu'il y a une position sur le terrain pour chaque type d'aptitude et de morphologie. Moi, j'occupais la position réservée aux grandes femmes », me dit Fairclough, qui mesure six pieds.

« Nous avons besoin d'une cheffe qui sait travailler en équipe et diriger des équipes. La politique partisane est un sport d'équipe, et je crois que c'est vraiment essentiel pour nous, les libéraux, en ce moment. »

On pourrait ajouter que les mêlées de rugby constituent aussi un bon entraînement pour les mêlées de presse, afin de ne pas les esquiver les jours pluvieux où les nouvelles sont mauvaises. Ce qui frappe chez Fairclough, c'est son entrain sans agressivité ainsi que l'authenticité et la curiosité qu'elle dégage dans un milieu peuplé d'ego démesurés.

Cela dit, Fairclough est relativement nouvelle en politique, contrairement aux vétérans qu'elle affronte. Elle donne toutefois l'impression d'une adulte qui a encore une belle marge de progression, d'une combattante qui s'est relevée après avoir perdu de justesse sa circonscription à sa première tentative, en 2022.

« Je n'étais pas cette jeune de 15 ans qui rêvait de devenir première ministre un jour », réfléchit-elle. « J'étais cette jeune de 15 ans qui comptait travailler dans le domaine de la santé jusqu'à 80 ans, mais… les gens cherchent quelqu'un qui prendra le gouvernement au sérieux, qui recentrera sérieusement l'attention sur des enjeux comme l'abordabilité, les soins de santé et l'éducation. »

Fairclough est la porte-parole du parti en matière d'itinérance et a publiquement collaboré avec les verts sur cet enjeu, au-delà des lignes partisanes. Elle se passionne aussi pour la lutte contre le jeu problématique, soutenant que les jeunes hommes se font prendre au piège par des publicités prédatrices.

Jusqu'ici, Fairclough a reçu l'appui d'anciens ministres et de deux collègues députés, et elle annonce que d'autres coéquipiers viendront s'ajouter. Au rugby comme en politique, il faut porter le ballon, mais aussi savoir quand le passer.

Dans une chronique précédente, j'ai avancé que les libéraux devaient répondre à deux questions connexes : quelles politiques et quelle personnalité pourraient vaincre les conservateurs de Doug Ford? Compte tenu du spectacle parallèle de Scarborough qui accapare dernièrement les initiés, une troisième question se pose aux libéraux :

Qui peut garder l'équipe unie et passer le ballon dans un match difficile? Cesser de se plaindre pour enfin gagner?